Un regard sur les ressources forestières

Il y a dans l’air, ces dernières années, une excitation, un souffle de renouveau pour ceux dont le regard se tourne vers la forêt comme source d’emploi. C’est dû aux ressources forestières alternatives, communément appelées PFNL ou produits forestiers non-ligneux. Les PFNL incluent toute activité hors des secteurs forestiers traditionnels du bois d’œuvre et de la pâte à papier. Une liste partielle inclut la cueillette de petits fruits et de champignons forestiers, la gomme de sapin, les huiles essentielles, les plantes et champignons médicinaux, l’artisanat, les sirops d’érable et de bouleau, les plantes ornementales et cosmétiques, les épices et tisanes, les couronnes de Noël, l’écotourisme et les bioproduits.

Ce ne sont pas que des ressources potentielles. Pour chacun des secteurs énumérés, il existe des entreprises au Québec qui cueillent, qui transforment et qui vendent des produits aussi variés qu’inusités. Couronnes de hart rouge au temps des Fêtes, cueillette de chaga (Inonotus obliquus) pour le marché asiatique, bains d’algues dans les spas, branches et aiguilles de conifères qui alimentent les fournaises d’édifices publics, plantes sauvages spectaculaires dans les places publiques de nos villes, teintures mères faites à partir de plantes médicinales dans nos magasins d’aliments naturels et j’en laisse. Partout sur le territoire, des gens s’affairent à compléter l’inventaire des forêts sur leur territoire, à développer de nouveaux produits, à ouvrir de nouveaux marchés.

Le phénomène est récent. Il y a 15 ans, seulement 4 grands secteurs existaient : le sirop d’érable, le bleuet, la canneberge et les arbres de Noel. Aujourd’hui, on exploite des douzaines de nouveaux produits. Au cours des 5 dernières années, les petites entreprises se sont multipliées à un rythme fulgurant. La crise forestière qui sévit toujours sur notre territoire a servit d’accélérant. Que fait-on quand la seule usine de la ville ferme ses portes et qu’on ne veut pas quitter sa ville ou son village? On se tourne vers la seule vraie richesse près de nous : la forêt.

Actif dans ce milieu par le biais de mon entreprise depuis 19 ans, je suis en mesure d’en voir l’évolution. Au cours des dernières années, j’ai cofondé une association www.acchf.ca , et voyagé partout au Québec à mener des ateliers d’information et de sensibilisation aux potentiels et risques afférent au développement de la filière, à prononcer des allocutions à des groupes intéressés, à former des cueilleurs et des entrepreneurs, à discuter avec les instances gouvernementales concernées et à travailler avec les institutions d’enseignement et de recherche. Je fais partie d’un groupe informel pancanadien dont la raison d’être est l’échange d’information entre les provinces. www.royalroads.ca/cle . J’ai aussi publié un livre et co-animé avec ma fille une série de 23 émissions sur les plantes sauvages à Télé Québec. J’en tire plusieurs conclusions, je fais des constatations et je me pose toutes sortes de questions.

La première question, celle qui prime sur toute autre, est celle de la pérennité des espèces. Au Québec, 68 plantes vulnérables ou menacées, dont quelques unes à potentiel commercial comme l’ail des bois, le gingembre sauvage et le carcajou, bénéficient d’une protection juridique par le biais de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Cliquez ‘plantes menacees quebec’ ou consultez le site www.mddep.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/index.htm . Mais à mon avis, ce n’est pas suffisant. Les cueilleurs professionnels devraient obligatoirement suivre une formation qui intégrerait des notions de conservation des espèces. Notre industrie a aussi besoin de protocoles de cueillette dont la responsabilité incombe au Ministère des ressources naturelles et de la faune (MRNF). Certaines aires sont protégées et aucune cueillette n’y est permise. On doit obtenir une permission pour cueillir sur des terres privées. Quant aux terres appartenant aux peuples des Premières Nations, nous avons ici et là un droit légal d’y faire une cueillette. Mais pas un droit moral. Je crois qu’une cueillette sur les territoires autochtones ne doit se faire qu’avec la collaboration ou l’assentiment des propriétaires.

La filière, somme tout encore marginale, est appelée à grandir. Sommes-nous en mesure d’assurer que cette croissance ne se fera pas au détriment de la ressource? Je ne crois pas. Et c’est à nous d’y voir.